UTOPIA MIA

Ceci n’est pas une pièce militante, ceci n’est pas une pièce hippie, ceci n’est pas une pièce sur les années 1970, ceci n’est pas une pièce sur l’histoire des utopies à travers les époques. C’est une approche et une vision personnelle du propos.
Création pour 3 danseurs et 2 danseuses, Utopia Mia interroge notre rapport intime à l’utopie. Elle produit des images paradisiaques, scrute les élans de révolte, et en révèle les déceptions. Elle prend forme sur une île, et est rythmée par des musiques rebelles d’hier et d’aujourd’hui, comme les pistes d’un disque lancé à toute allure.
C’est le mouvement des Indignados né à Madrid qui a poussé le chorégraphe à travailler sur le sujet. Il a été touché par cette mobilisation anticapitaliste, qui la première depuis les années 1970 en Occident, arrivait à rallier une large population.
Très vite, il s’est rendu compte qu’il passerait par l’intime, une vision personnelle de l’utopie, de ses effets sur les esprits et sur les corps. Il devait créer une pièce où les mouvements des danseurs seraient porteurs d’un changement, sensible, où les corps seraient aussi marqués par les luttes, où la musique sublimerait les idéaux.
Utopia comme le rêve enchanté d’une île où tout peut être recommencé.
Mia comme l’appropriation du sujet par un chorégraphe.

70 min.

Coproduction Théâtre Forum Meyrin

© Philippe Weissbrodt


Equipe artistique

Chorégraphie
Philippe Saire
En collaboration avec les interprètes
Géraldine Chollet, Philippe Chosson, Lee Davern, Maïté Minh Tâm Jeannolin, Antonio Montanile
Dramaturge
Roberto Fratini Serafide
Assistante
Émilie Launay-Bobillot
Scénographie & lumière
Éric Soyer
Création vidéo
Renaud Rubiano
Création sonore
Stéphane Vecchione
Recherche musiques
Valérie Niederoest
Costumes
Isa Boucharlat
Maquillage
Nathalie Monod
Direction technique
Benoît Michellod (création), Vincent Scalbert (tournées)
Régie lumière
Pascal Di Mito
Régie son et vidéo
Xavier Weissbrodt
Design graphique & photographies de plateau
Philippe Weissbrodt
Teaser vidéo
Pierre-Yves Borgeaud

Musiques
Television Marquee Moon, Jefferson Airplane White Rabbit, Set Fire to Flames Your Guts are Like Mine, David Bowie Heroes, X-Ray Spex Oh Bondage, Up Yours!, Major Lazer Get Free, John Lennon Imagine, Pink Floyd Echoes, Nico My Only Child


Note d'intention

Mon passage à l’âge adulte a baigné dans ces années 1970 qui ont prolongé mai 68, Woodstock, le Flower Power. J’étais non-violent, contre la société de consommation, je croyais qu’on pouvait changer le monde en s’y mettant tous ensemble, je croyais sérieusement à tout ça.  Le récent mouvement de Indignados m’a donné envie de questionner nos utopies, de revisiter mes élans et aspirations de jeune adulte, et de chercher comment un spectacle de danse pouvait traduire tout ça.
Très vite, il m’a paru évident que la danse était le lieu où le politique devait s’exprimer par ses implications intimes. Et que je devais donner de l’Utopie une traduction au plus proche de moi, de ce que je percevais de notre époque, et de comment je pouvais la rattacher à un passé proche.
Les corps et les images sont imprégnés de toutes nos ambivalences, de nos aspirations, de nos refus, de nos luttes, de nos tentatives de dépassement, de nos oublis et dénis du réel. De notre fondamental désir d’être biens au monde, et dans un monde bien.
Le processus m’a amené à ne garder que quelques rares références historiques, comme les traces altérées d’un passé proche. Les années 1970 prennent ici l’aspect d’une imagerie quelque peu dérisoire. L’évocation prête à sourire, mais c’est un regard à la fois tendre et dubitatif qui est posé, au même titre que notre mémoire collective.
J’ai évité toute nostalgie et me suis appliqué à rendre intemporel ce qui traverse les interprètes, à composer une fresque personnelle qui se rattache à notre condition d’humains désirants, et à nos arrangements.
Les u-topies – ces pays de nulle part – n’ont jamais abouti, utopique est devenu aujourd’hui synonyme d’irrationnel. Elles ont pourtant le mérite de nous demander de quoi est fait notre rationnel. Et s’il est réellement ce que nous souhaitons. Je suis certain qu’il est vital de déserter parfois le camp de l’impuissance, et salutaire de prendre celui de l’innocence. De repenser aux « pourquoi » de notre petite enfance.
Et la danse, le spectacle, c’est finalement de l’utopie en barres: rendre et garder sensible, et résister, à la disparition de l’altérité, à la disparition du regard qu’on pose sur autrui, à nos yeux captivés et capturés par les écrans… Je me dis parfois que mon utopie se concrétise là, peut-être.

Philippe Saire


Extraits de presse

Après l’expérimental NEONS en janvier dernier, le chorégraphe suisse Philippe Saire crée Utopia Mia à Lausanne. Une pièce très personnelle, joyeuse et attachante. Marie Chavanieux, La Terrasse – 26.11.14

Quand le chorégraphe suisse Philippe Saire revisite sa jeunesse, les danseurs voguent dans une multiplicité d’états physiques. Vrai succès public, « Utopia Mia » est un voyage débordant de vitalité. Pascale Stocker, Le Quotidien Jurassien – 4.12.14

La représentation au Théâtre Sévelin 36 de Lausanne s’ouvre sur une petite communauté de jeunes qui végète avec une décontraction toute juvénile, assise sur une plate-forme inclinée. Une sorte de Woodstock en miniature. Sur cette vague colline règnent la paix et la tranquillité. Mais il arrive que l’un ou l’autre membre de la communauté s’évade et descende sur la surface plane de la scène. Parfois, rien de plus qu’un léger mouvement d’orteil. A d’autres moments, le silence brisé par des sons de guitare puissants, les cinq danseurs se déchaînent dans l’espace scénique, la tête brusquement jetée en arrière et courent de façon débridée à travers la scène. La frénésie extatique des années 70 se fait sentir, sans jamais tomber dans le cliché. C’est là que réside, une fois de plus, la qualité du travail de Philippe Saire. (…)
Philippe se souvient dans « Utopia mia » de son Woodstock à lui, mais n’impose pas d’images toutes faites au public, laissant l’espace à d’autres utopies.
Isabelle Jakob, Neue Zürcher Zeitung – 28.11.14

La pièce est chargée de l’émotion et des atmosphères qui se dégageaient des spectacles précédents, notamment NEONS pour le jeu des lumières – magnifique ici, signé par Éric Soyer. Philippe Saire revient à une confrontation vraiment corporelle, physique avec le thème de l’utopie. Pour ce faire il s’appuie sur l’aspect le plus ludique, le plus voyant de la révolution soixante-huitarde : la musique, sur le rock de la belle époque. (…)
Les danseurs se livrent à partir de ces morceaux à une sorte de joute, de jeu, par solo, par duo ou par groupe. C’est peut-être l’élément le plus intéressant du spectacle, car il sonde la limite entre l’hédonisme de la danse et l’individualisme de ces postures de révolte avec un brin d’humour, avec une gestuelle qui reprend les formes du rock pour les abîmer dans des dérives un peu plus acérées, même épileptiques (…) C’est une façon simple, mais pas simpliste, d’interroger une époque à travers ses gestes.
Pierre Lepori, Les Matinales – RTS Espace 2 – 21.11.14

N’attendez pas de ce nouveau spectacle un état des lieux des utopies contemporaines. Loin de tout militantisme, simplement touché par le mouvement des Indignés et le souvenir des revendications de Mai 68, Philippe Saire propose ici son point de vue, personnel et subjectif, sur ces grands rêves communautaires aux multiples facettes. « À travers ce spectacle, explique-t-il, j’ai voulu parler de l’envie de garder vivant notre désir de changer les choses. Même si c’est difficile, même si cela ne marche pas. Cette utopie, donc, c’est la mienne. J’ai essayé de ne pas la dater et elle reste du registre de l’intime. Aujourd’hui, sur une scène, tout ce qui est d’ordre politique doit passer par l’intime. »(…)
De quoi parle «Utopia Mia»? Des mouvements de foule, de la fête parfois si proche de la déroute, de l’élan, de l’urgence, de la colère, de l’enthousiasme contagieux, de la difficulté de prendre la parole aussi. Avec ses interprètes, le chorégraphe a cherché « une danse qui ne travaille pas sur la distance, la théâtralisation ou la parodie, mais sur une réelle implication»
. Mireille Descombes, Le Matin Dimanche – 09.11.14


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Remerciements

Anne Brüschweiler, Yann Serez, Benoît Michellod, Philippe Launay, Nicole Seiler, La Manufacture, Arsenic, Studio Mirio, École de Cirque de Lausanne, École-Atelier ShanJu, l’équipe administrative et technique du Théâtre Sévelin 36