La Dérive des continents

Première au far° festival des arts vivants Nyon, 7 août 2013.
Coproduction Théâtre Vidy-Lausanne & far°
100 min.

Une pièce théâtrale de Philippe Saire pour quatre interprètes.
Sur un texte original d’Antoinette Rychner, en co-écriture avec les interprètes.

 

En prenant des risques et en s’éloignant de sa «zone de sécurité de chorégraphe», Philippe Saire signe là l’une de ses meilleures créations. (…) jamais on ne m’avait raconté une Odyssée comme cela. Et cette relecture, ce commentaire du chef-d’oeuvre classique est aussi drôle que décapant.
Thierry Sartoretti
Emission Vertigo - RTS La Première - 8 août 2013

Ecouter l’émission:


Avec La Dérive des continents, pièce pour quatre interprètes, Philippe Saire prend le large. Il abandonne momentanément la danse contemporaine pour le théâtre. Une première en 25 ans de carrière.
Après avoir touché aux arts visuels avec Black Out et à la musique classique dans La Nuit transfigurée, le chorégraphe, toujours prêt à bouleverser sa pratique, part cette fois à la rencontre du théâtre. Il a demandé à l’auteure Antoinette Rychner de le rejoindre dans cette envie et de co-écrire un texte original pour le spectacle.
Les deux artistes s’appuient sur L’Odyssée d’Homère, l’adaptent de manière libre en tirant des fragments du mythe et en les faisant entrer en résonance avec nos préoccupations contemporaines : héroïsme vs. sécurité, libre-arbitre vs. destin, filiation, égalité des sexes. Chacun des quatre hommes présents sur scène porte un regard différent sur la figure d’Ulysse, ses exploits et ses sacrifices, donnant lieu à des tensions inévitables…
Dans un foisonnant décor de machines bricolées, ils fabriquent un jeu de rôles qui les unit et les sépare. Le texte, la mise en scène et le décor forment une œuvre réflexive et ludique, intense et empreinte de dérision.
Pour Philippe Saire, le premier choc scénique a été le théâtre, avant même la danse. Il y est resté attaché et on en trouve des traces dans plusieurs de ses créations. Dans son travail régulier à la Manufacture – Haute école de théâtre de Suisse romande –, il pousse les étudiants et étudiantes à aborder physiquement les textes pour mieux les interpréter, et élabore des pistes de mise en scène singulières. Avec cette nouvelle création, le chorégraphe prend le texte à bras le corps et le met au centre du spectacle.
Antoinette Rychner est lauréate du Prix SACD de la dramaturgie de langue française 2013 délivré par les Francophonies en Limousin, la SACD et France-Culture pour Intimité Data Storage. Passionnée de théâtre performatif, elle fait évoluer son texte au fil de la création et laisse la place à l’improvisation des interprètes, et au mouvement lorsque la parole est superflue. Une manière de « partager la responsabilité du sens ».

© Philippe Weissbrodt


Equipe artistique

Mise en scène, chorégraphie et interprétation
Philippe Saire
En collaboration avec les interprètes
Philippe Chosson, Christian Geffroy Schlittler, Stéphane Vecchione
Texte
Antoinette Rychner, en co-écriture avec les interprètes
Consultant
Roberto Fratini Serafide
Assistante
Nora Steinig
Lumière
Yan Godat
Machines Rube Goldberg
Adrien Moretti
Jean-Claude Blaser
Création sonore
Stéphane Vecchione
Costumes
Isa Boucharlat
Perruque
Nathalie Monod
Direction technique
Yann Serez
Design graphique & photographies de plateau
Philippe Weissbrodt
Captation vidéo & teaser
Pierre-Yves Borgeaud


Note d'intention

L’expérience m’a convaincu que la coexistence du texte et du mouvement non-naturaliste génère une étrangeté porteuse de sens, et c’est sur cette étrangeté que je me suis appuyé pour les choix de mise en scène.
Le postulat de base étant que le corps révèle des éléments que le texte ne donne pas, d’autres situations, des intensions cachées, souterraines, voire contradictoires ou complémentaires à ce qui est dit. Par « mouvements non-naturalistes », j’entends une gestuelle qui ne soit pas celle du quotidien, ni davantage rattachée à des codes de danse, mais une gestuelle décalée, inventée à partir d’une interprétation et d’une lecture personnelle du texte.
S’est élaboré ainsi un spectacle à la frontière, où les champs théâtraux et chorégraphiques s’imbriquent dans une partition très précise, établie en lien étroit avec le texte et la dramaturgie.
Cette partition s’est encore complexifiée par le fait que nous assemblons sur scène, tout au long du spectacle, trois machines Golberg, agencements de réactions en chaîne, qui rejoignent le domaine des arts plastiques et évoquent, de manière très décalée là-aussi le mélange d’impondérables et de prédestination qui constitue L’Odyssée.
Ainsi, tous les éléments scéniques se jouxtent, se superposent, corps, texte, fabrication, son, espace et lumière, en questionnant continuellement la valeur intrinsèque que chacun peut prendre, à tout instant, et quelles évocations il sollicite.
Liée à tous ces éléments, une couleur m’importe beaucoup dans ce travail de mise en scène : l’affirmation de la fabrication, la révélation du processus, qui touche parfois ici au bricolage. Pour plusieurs raisons:
Pour garder une forme de légèreté par rapport à des thématiques de base (voyage initiatique, épreuves,…) qui pourraient endosser une certaine pesanteur qu’il importe de déjouer.
Parce que ce mélange de disciplines, d’acteurs et danseurs, est en soi une forme de bricolage, que les liens et articulations se cherchent, et que le fait que ça se cherche, ça se fabrique sous nos yeux constitue une part le projet.
Parce que j’ai une tendresse particulière pour notre désir de crédulité à toutes et tous, notre nostalgie de l’innocence. Et que j’adore, comme spectateur, être transporté alors qu’on m’a dévoilé tous les trucs.
Explorer L’Odyssée, la bricoler, c’est ailleurs la raison fondamentale de la présence des quatre protagonistes du spectacle. Un peu à la manière dont Al Pacino explore Richard III dans « Looking for Richard » : pour l’exploration elle-même, pour éprouver ce qu’une prise de rôle leur fait, pour reproduire des séquences élaborées, pour être ensemble.
Il ne s’agit donc pas ici de raconter L’Odyssée ou de garantir une fidélité au récit, mais de se l’approprier très librement. Et de laisser place à ce que cette appropriation génère, dans les relations entre les quatre personnages, dans ce qui nous est révélé de leur personnalité, dans les enjeux qu’ils y déposent.
Disons aussi que l’épopée se dissout dans leurs préoccupations individuelles. Qu’Ulysse dérivait d’une terre à l’autre, et que pour eux, c’est la terre sous leurs pieds qui dérive.

Philippe Saire


Note de l'auteur

En choisissant de nous appuyer sur L’Odyssée, nous répondons – davantage qu’à une intention d’« actualiser » l’épopée homérique – à cette envie qui nous habite de puiser dans sa matière comme dans une réserve de récits et d’actions fondamentaux.

Il va s’agir pour nous d’interroger « naïvement », charnellement, concrètement le mythe d’Ulysse, de repérer les zones à investir, et de s’imaginer ce qui peut s’y passer en fonction des données homériques croisées à nos univers, préoccupations contemporaines. 

Antoinette Rychner


Extraits de presse

En prenant des risques et en s’éloignant de sa « zone de sécurité de chorégraphe », Philippe Saire signe là l’une de ses meilleures créations. 
(…) jamais on ne m’avait raconté une Odyssée comme cela. Et cette relecture, ce commentaire du chef-d’œuvre classique est aussi drôle que décapant. Thierry Sartoretti, Vertigo / Radio Télévision Suisse

Avec La Dérive des continents, pièce pour quatre interprètes, dont lui-même, Philippe Saire s’inspire d’Homère et propose une Odyssée actualisée, machinée et masculine. Etymologiquement, Ulysse veut dire « homme fâché », et c’est cette attitude, cette résistance à la fatalité, au destin, à tout ce qui cherche à dompter l’homme pour en faire une marionnette qui intéresse le danseur et chorégraphe vaudois. Lequel s’est associé à la jeune auteure Antoinette Rychner pour revisiter librement le mythe de l’aventurier rusé. En vingt-cinq ans de carrière, c’est la première fois que Philippe Saire conçoit un objet théâtral. Marie-Pierre Genecand, Le Temps, Suisse

Philippe Saire donne un second souffle au mythe d’Ulysse. (…) Une réussite, terriblement drôle. Cécile Dalla Torre, Le Courrier, Suisse

La Dérive des continents est une étonnante œuvre cinétique où les réactions en chaîne se succèdent grâce à des installations ingénieuses et ludiques et où les valeurs fondatrices de notre civilisation moderne sont essaimées mine de rien. (…) une Odyssée ingénieusement restituée. Corinne Jaquiéry, 24 Heures, Suisse


Soutiens


Coproducteurs


Partenaires


Remerciements

La Cie Philippe Saire tient à remercier Matteo Capponi, Filippo Gonteri, Ludovic Guglielmazzi, Laurent Codair, les équipes administratives et techniques du FAR°, du Théâtre Vidy-Lausanne, et du Théâtre Sévelin 36.