Je veux bien vous croire

Création 2010, reprise 2012

Avec cette nouvelle création, Philippe Saire poursuit son travail sur les codes du divertissement et termine ainsi une trilogie de pièces d’apparence légère, dont le premier opus a été créé en 2006 avec Est-ce que je peux me permettre d’attirer votre attention sur la brièveté de la vie? et le second avec Il faut que je m’absente.

Sous la trame des Numéros qui s’égrènent, des paillettes qui persistent, une autre trame, plus sombre. CE QUI se trame, se complote. Envisager alors les danseurs du plateau comme instruments d’une conspiration démesurée et ludique, dans laquelle nous serions tous englués.Considérer qu’ils sont contraints à nous distraire comme nous le sommes à être distraits. Estimer que la légèreté l’emportera toujours sur le tragique.

Ce qu’il y a d’effrayant, ce n’est pas que rien ne suffise, c’est la crainte que rien ne suffise, qu’il n’y aura jamais assez, que les choses vont perdre de leur éclat lorsqu’on les aura touchées, les boules à facettes perdre de leur brillance, les miroirs aux alouettes se voiler, devenir opaques, cesser de refléter, de nous refléter.

Ce qu’il y a d’effrayant, c’est que ce qui nous éblouit cesse de nous aveugler.

Ce 3ème opus d’une trilogie sur la distraction est obligatoirement d’un autre ordre. Il se doit d’être conclusif, ou d’ouvrir sur d’autres perspectives. A l’univers clinquant et surfait du monde du divertissement, il ne réfère plus que lointainement. Il démonte ce qui a été fabriqué. A l’égrenage de Numéros détournés, il substitue un seul grand Numéro, ultime, dont la préparation s’étire énigmatiquement et dont on ne verra probablement pas la fin. Les personnages qui l’habitent, eux-mêmes, deviennent plus troubles, allant jusqu’à se confondre.

Dans les deux premiers opus, au travers de signes infimes, de détournements, de retournements de situations, d’étirements du temps... on décelait une trame plus sombre infiltrée sous le strass et les sourires. Ici, on opère un renversement, cette trame fait surface, et le reste s’enfonce, s’estompe, s’éloigne, ne laissant que quelques des traces et paillettes.

Et cette trame, c’est aussi ce qui se trame, se complote.
C’est penser l’univers du divertissement comme un grand système favorisant le maintien du pouvoir, une fabrique à oubli.
C’est envisager les danseurs du plateau comme instruments d’une conspiration démesurée et ludique, dans laquelle nous sommes tous englués.
Si tout est important, plus rien n’a d’importance. Du pain et des jeux disaient les empereurs romains…
Ce qu’il y a d’effrayant, ce n’est pas que rien ne suffise, c’est la crainte que rien ne suffise, qu’il n’y aura jamais assez, que les choses vont perdre de leur éclat lorsqu’on les aura touchées, les boules à facettes de leur brillance, les miroirs aux alouettes se voiler, devenir opaques, cesser de refléter, de nous refléter.

Ce qui nous éblouit nous aveugle.

A l’instar d’un jeu de poupées russes, ce 3ème opus, se présente à ce jour en 3 actes.Comme la décortication d’un mécanisme de conspiration, comme sériant ce qui pourrait être ses composantes :
- l’énigmatique
- l’empathique
- la fascination

Et tout cela, au même titre que l’univers qui est traité, se doit de garder une légèreté de ton.

Philippe Saire, chorégraphe

 


TEXTE D’INTENTION

« Je veux bien vous croire » est construit en 3 actes bien distincts, aussi bien dans leur forme dramaturgique qu’esthétique. Cette structure pourrait quasiment être transposée en termes cinématographiques.


Le 1er acte, extrêmement découpé, presque de l’ordre du zapping, présente une série de numéros très courts émargeant du monde du divertissement. Alors que la scène était en train d’être démontée, un groupe de danseurs, comme contraints, tente dans un premier temps de récupérer la situation, de fabriquer encore une fois de la distraction, pour finalement y renoncer.
Comme c’est souvent le cas au cirque et au music-hall, nombre des ces Numéros évoquent la disparition, la violence, la mort, une force extérieure… autant d’éléments de notre fascination de l’obscur. Ainsi, la canne du music-hall devient outil de violence, les mouvements de la cible vivante du lanceur de couteau esquivent la menace, les claquettes résonnent comme des imprécations,… Au final, les objets/signes du divertissement se suffsent à eux-mêmes, s’automatisent.


Le 2ème acte
, sorte de long plan-séquence, est le plus narratif. On y suit le parcours d’un personnage, figure du chorégraphe. Il vient, à la fois naïf et roublard, défendre la suprématie de la vérité du vécu sur la fabrication du merveilleux. Au coeur de ce discours sur l’autofiction, il se laisse paradoxalement envahir par une musique émotive, par le lyrisme et la nostalgie qui vont de pair. Faisant de sa naïveté un vecteur de danger pour les autres, il provoque une catastrophe en chaîne sans fin.


Le 3ème acte, série de longs plans, déréalise la situation. Le groupe de danseurs s’est ici « automatisé », réduit à une ressemblance iconique du divertissement. Leurs propres corps semblent ne plus leur appartenir, et même cet exutoire possible que sont les saluts ne leur permet pas une libération. Commencé comme un mauvais rêve, ce 3ème acte finit de la même manière et débouche sur un monde plus onirique et inquiétant.

Philippe Saire, chorégraphe